Le Catharisme

Aux origines :

Aux environs de l’an 950, en Bulgarie, un pope nommé Bogomil aurait répandu des croyances dites manichéennes car elles imputent la création du monde matériel au diable tandis que le monde des esprits serait l’oeuvre de Dieu. Cette doctrine dualiste se développe dans les Balkans et le nord de l’Italie avant de se propager en Grèce, Rhénanie, Flandres, Bourgogne, Rhône, Aquitaine, Occitanie… Ce fut même la religion d’état en Bosnie pendant trois siècles jusqu’aux invasions turques. En 1048, en Champagne, on dénonce le « dogme pervers des manichéens »et on constate que « l’hérésie pullule en Gaule ». De nombreux faits d’hérésie et la mention de « bûchers » témoignent de ce développement dès le 11ième siècle…..c’est ainsi que l’on connait l’existence d’un bûcher vers 1022 à Toulouse, mais aussi par exemple en 1135 à Liège, Trèves et Utrecht.

Quoi qu’il en soit, pour certains historiens, le catharisme fait avant tout partie de tous ces mouvements qui à l’époque, prêchent le retour au modèle primitif de l’éqlise, et s’insurgent contre « l’église Romaine » qui ne respecte pas l’idéal de pauvreté du Christ.

La doctrine cathare

Selon l’idéologie cathare, le corps est une prison pour l’âme et il faut donc la libérer, ce qui ne se fait pas nécessairement au bout d’une seule vie (principe de réincarnation).

Leur vision de la création est dualiste….l’esprit est l’oeuvre de Dieu tandis que le monde matériel a été créé par Satan

Les Cathares ne se réfèrent qu’aux Evangiles (nouveau testament) et en particulier de Saint Jean et n’accordent aucun crédit aux textes de l’église….c’est pour cette raison qu’ils se nomment eux-même « bonshommes » ou « bons chrétiens ».

Ils ne vénèrent pas la croix (simple instrument de supplice), ne vénèrent aucun objet ou symbole et ne pratiquent aucune cérémonie de l’église dite « romaine » (baptême, mariage …) ; Le seul sacrement pratiqué est le « Consolament » qui est une sorte de baptême spirituel et d’extrême onction pratiqué en vue d’absoudre les péchés.

Les Cathares font voeux de pauvreté, de chasteté et ne mangent pas de viande, jugée impure.

Les prêtres de l’église cathare sont souvent appelés les « parfaits« 

En Languedoc…la première croisade des Albigeois (1209-1219)

La répression, sans doute moins « efficace » dans cette région, a permis le développement du catharisme en particulier au sein de la petite noblesse, d’autant que la société occitane se caractérise par une multitude de castra (châteaux, citadelles) et une organisation féodale moins structurée et hiérarchisée que dans les comtés du nord.

Les suzerains qui règnent alors sur le Languedoc sont :

Pierre II , roi d’Aragon, comte de Barcelone, de Gévaudan, de Roussillon et seigneur de Montpellier, Raimond VI comte de Toulouse, son beau-frère, Raymond Roger Trancavel, vicomte de Béziers, de Carcassonne et d’Albi, et Raymond Roger comte de Foix.

Le 29 mai 1207, Raimond VI, est excommunié pour complaisance à l’égard des hérétiques et soupçonné d’avoir commandité l’assassinat du légat du pape….il sera même flagellé et humilié en public en 1209.

Simon de Montfort est nommé à la tête d’une croisade qui permet aux seigneurs venus du Nord qui y participeront de prendre possession des biens et terres des seigneurs locaux qui deviennent des « faydits » (seigneurs dépossédés de leurs biens) et c’est donc une armée internationale qui emprunte la vallée du Rhône à partir de 1209. De nombreuses attaques particulièrement meurtières et aveugles sont menées contre tous les lieux supposés abriter des Cathares comme Béziers (15 000 habitants tués), Minerve, Lavaur, Cases, Termes, Puivert, Lastour, Moissac, etc… et en juin 1211, c’est le premier siège de Toulouse. Un commandement (fait ou légende ?) est resté célèbre lors du sac de Béziers …« Tuez les tous…Dieu reconnaîtra les siens ! »

La Résistance …

En 1213, une coalition de comtes et seigneurs occitano-aragonais avec les comtes de Toulouse et de Foix reçoivent l’appui du roi d’Aragon, Pierre II qui voit d’un mauvais oeil l’arrivée de tous ces seigneurs à la porte de son royaume et remettre ainsi en cause toutes les relations de vassalité établies de longue date avec l’Aragon sur la région….L’enjeu est désormais bien avant tout géopolitique.

le pape Innocent III, à l’origine de la croisade avait déjà dit au roi Philippe Auguste en 1204 : « Ne tardez pas à rattacher le pays tout entier au domaine royal….confisquez les biens des comtes, barons et citoyens qui ne voudraient pas éliminer l’hérésie… »

Pierre II vient au secours de son beau-frère Raimond VI et c’est la bataille de Muret en 1213 qui marque un tournant car Pierre II y est tué et la rébellion occitano-catalane défaite…Les croisés investissent Toulouse et Raimond VI est destitué.

Par la suite, son fils, Raimond VII, qui lui succède en 1222, se lancera dans une reconquête occitane avec l’aide de princes méridionaux et Raymond II Trancavel reprendra même Carcassonne en 1224 que son père avait perdu en 1209.

Seconde croisade

En 1226, Louis VIII prend la tête d’une seconde croisade et le 12 avril 1229, Raimond VII comparait au pied de Notre Dame de Paris en chemise et chausses pour implorer le pardon, promettre fidélité à Louis IX et s’engager à combattre l’hérésie. Le traité de Meaux-Paris signe le rattachement du Languedoc à la couronne de France. Raimond VII ayant marié sa fille unique à Alphonse de Poitiers (frère de Saint Louis) et celui-ci n’ayant pas de descendance, le rattachement au domaine capétien et à la couronne de France deviendra définitif à sa mort en 1271.

La trouvaille pour combattre l’hérésie

Il s’agit bien entendu de l’inquisition qui apparaît en 1233… Ce tribunal religieux va faire des ravages et provoque la destitution des féodalités occitanes en lien avec le Catharisme …..de nombreux témoignages recueillis par les inquisiteurs illustrent les articles de ce blog

Derniers soulèvements et drame final

Une ultime révolte intervient vers 1240-1242 …et c’est en 1242 que des cavaliers de Montségur, conduits par Pierre Roger de Mirepoix massacrent onze inquisiteurs à Avignonnet … s’ensuit le siège de Montségur en 1244 où 2225 Cathares refusant d’abjurer leur foi sont brûlés , ce qui marque la fin de l’église cathare.

Vers une renaissance du Catharisme ?

Autour de 1300, les frères Authié se rendent en Lombardie pour y suivre un enseignement pour devenir « Parfaits » (nom donné aux prêcheurs du Catharisme) et reviennent en Sabartès, (entre Foix et Ax les thermes) pour y répandre la foi cathare…..l’Inquisition en viendra finalement à bout et le dernier Cathare connu, Guillaume Bélibaste sera arrêté puis brûlé en 1321, soit plus d’un siècle après le début des croisades !

Le chemin de Bélibaste décrit dans ce blog sillonne les chemins empruntés de manière clandestine par les derniers « parfaits » qui ont voulu relancer la doctrine Cathare.