LORDAT : Un château objet de convoitises, gagé à plusieurs reprises
La construction du château remonte sans doute au 9e ou 10 e siècle car sa première mention date de 970.
Après la chute de Montségur, en 1244, il accueille de nombreux réfugiés Cathares poursuivis par l’inquisition et des « consolamentum » furent prononcés sous ses murs.
Michel Roquebert dans son livre « l’épopée Cathare » (ed Privat) précise qu’il y aurait ainsi deux cimetières : un catholique et un cathare au lieu dit « bec en barra ».
Au 13 eme siècle, Lordat est revendiqué par la France et l’Aragon et constitue une citadelle d’importance capitale pour le comté de Foix .
Ce qui a ravivé la flamme, c’est la provocation du comte de foix en 1272 (cf chapitre sur le comté) qui se traduit par la main mise de Philippe le Hardi sur le comté, l’emprisonnement de Roger Bernat III et enfin la mise en gage en 1273 de ses forteresses sous réserve qu’il finisse par rendre hommage au roi de France pour l’ensemble de ses possessions.
L’argumentation française pour revendiquer le castrum tient au fait que Lordat dépend du comté de Foix, lui-même situé dans le diocèse de Toulouse et donc rattaché à la couronne de France ; L’historique grand comté carolingien de Toulouse , renforcé par le traité de Corbeil constitue l’élément majeur de l’argumentation.
La France souligne aussi que, lors de la signature du traité de Paris-Meaux en 1229, le castrum de Lordat est détenu en gage par le roi « per magum tempum » prévu pour cinq ans mais il ne le sera en réalité que pour quelques mois et de manière très symbolique.
Le sénéchal Villars pour la France, remet un écrit au roi d’Aragon dans lequel il dit :
« …Quand les inquisiteurs du royaume de France instruisaient les procédures contre les hérétiques dans le pays ou sont lesdits châteaux, ils faisaient conduire les accusés à Carcassonne ; durant les anciennes guerres, le père du roi actuel de France occupait le château de Lordat par un agent, comme le prouve un ancien titre revêtu du sceau royal ; en présence d’aussi respectables témoignages qui viennent corroborer l’état présent des choses, voudriez-vous porter une atteinte aux bons rapports qui vous lient avec le roi de France, et cela sur des récits fabuleux de quelques habitants ? »
De fait, l’argumentation aragonaise repose essentiellement sur une enquête orale menée en 1273 auprès des habitants car il n’y a pas de trace écrite de l’hommage rendu par le comte de Foix au roi d’Aragon en 1213.
Pour cela, le roi d’Aragon mandate Guilhem Ramon de Josa et c’est ici qu’ apparaît dans l’histoire le nom de Peire Authié , futur Parfait à l’origine du renouveau cathare après 1300 , alors notaire public à Tarascon.
C’est lui qui rédige le rapport d’enquête dont l’objectif est de prouver l’appartenance depuis toujours du château à la mouvance barcelonaise et que Peire II, roi d’Aragon, en avait été suzerain et enfin , que le château aurait été bâti par un comte de Cerdagne.
Les témoignages de 18 habitants « diligemment interrogés par le tabellion public soussigné » (Peire Authié) seront consignés dans le rapport.
La situation est bloquée !
Suite à sa libération en 1273 et son hommage rendu au roi de France, cette fois pour l’ensemble du comté, le comte de Foix Roger Bernat récupère Lordat et les autres citadelles en 1277.
Plus tard, suite à de nouvelles tensions, la citadelle sera à nouveau détenue en gage entre 1283 et 1285.
Enfin, en 1290, Roger Bernat, en conflit avec Philippe le Bel, est à nouveau contraint de lui remettre Lordat et Montréal de Sos en garantie et ne récupérera ses biens qu’en 1298.




